Le Pacte Silencieux
Arrangement tacite de faveurs, de pensions et de cécités opportunes par lequel Edric Ardent tint en paix les maisons de Varrow pendant 15 ans.
Le Pacte Silencieux est le nom donné, après coup seulement et jamais en présence du Seigneur Régent, à l'arrangement par lequel Edric Ardent gouverna Varrow pendant 15 ans sans trône, sans héritier ni loi pour l'appuyer. Il ne fut jamais consigné par écrit. L'Archive a fouillé les registres du conseil, la correspondance de la Régence et les papiers privés de 3 maisons, sans trouver une seule page qui le formule. Subsiste en revanche un motif, lisible dans les pensions accordées, les charges laissées vacantes et les crimes qu'on feignit de ne pas voir, que les clercs de le Douaire comprirent assez bien pour le garder, et que nul autre ne se rappelle plus entièrement.
Son fonctionnement
Le principe était simple : aucune maison ne devait jamais être pleinement satisfaite, ni jamais pleinement déboutée. Le génie d'Ardent, si l'on peut l'appeler ainsi, tint à maintenir toute question ouverte. La succession ne fut jamais portée au vote, car un vote a des perdants, et les perdants de Caldmere gardent des soldats. On accorda plutôt à chaque maison quelque chose qu'elle ne pouvait aisément abandonner. La Maison Vane reçut la ferme des droits sur la laine et l'insinuation, jamais confirmée, que le Seigneur Régent favorisait une régence permanente. La Maison Corrow obtint le contrat d'approvisionnement des garnisons frontalières, un flot constant de marks qui achetait sa patience année après année. Mallory et Sethe, qui voulaient des prétendants de leur propre sang, furent autorisées à maintenir leurs prétentions en public, pourvu qu'elles les poussent par pétitions et non par les armes. Dunmore fut laissée en paix, ce que Dunmore avait toujours souhaité : l'Archive ne trouve aucune pétition, aucune prétention, aucun rôle de levée de leur part durant les 15 années, ce qui est en soi une déclaration.
Les cas difficiles furent payés d'une autre monnaie. Brant Halloway, dont la levée à Howe Hall compte près de 900 lances, ne fut jamais acheté ; l'Archive est formelle sur ce point, et ses propres comptes, pour autant qu'on les connaisse, le confirment. Ardent lui offrit plutôt l'utilité. Quand l'Émeute des Aumôniers ravagea les marchés de l'ouest en Gelmois 311 apr. D., ce furent les hommes de Halloway, et non la garde de la ville, qu'on pria de la réprimer ; et Halloway, qui paie de sa propre bourse les arriérés de la garde, put le faire sans reproche du Conseil. Faveur ou laisse, les récits divergent. Halloway a publiquement refusé toute suggestion qu'il cherche une régence pour lui seul, et l'habitude de cécité opportune du Pacte n'a jusqu'ici pas daigné remarquer la monnaie de sa propre frappe dans la solde de ses soldats.
Sous les grandes maisons courait un second pacte, plus discret et plus coûteux : les pensions. Clercs, capitaines de portes, gardiens de sanctuaires, veuves d'hommes utiles, maîtres de la Monnaie (quelque 400 noms, selon le décompte d'Ealdred Pyke, qui tenait la liste) touchaient de petites sommes régulières sur la bourse de la Régence, chacune étant une raison pour quelque antichambre de Caldmere de préférer l'état des choses. La liste des pensions était tenue à la main, d'abord par Edric, puis depuis l'hiver 311 apr. D. par Maud Ardent, et ne fut jamais recopiée, à la connaissance de chacun ; les sommes étaient modestes, la plupart un mark ou deux par trimestre, mais leur régularité faisait tout l'objet.
Une paix écrite peut être héritée. Une paix dite meurt avec celui qui la prononce. Le Seigneur Régent le savait et choisit la parole, car un écrit eût pu être produit contre lui.
Ce qu'il coûta
Le trésor paya le Pacte deux fois : une fois en pensions et en fermes concédées, et une seconde fois en revenus jamais perçus, car une maison à qui l'on doit l'indulgence sur ses péages est une maison qui votera contre l'ajournement du Conseil dans la colère. En 309 apr. D., la Régence empruntait pour payer les intérêts d'anciens emprunts, et les travaux de la route au sud de Thornwick s'étaient simplement arrêtés. Le Long Hiver aggrava les choses ; l'Archive note qu'en 310 apr. D. les rôles de pensions furent payés intégralement tandis que la garde de Caldmere tombait en arriérés, choix qui en dit long sur la raison d'être du Pacte. Le compte fut enfin réglé en Brumelle 312 apr. D., quand les maisons de charte de la Ligue accordèrent un prêt-relais de 40 000 marks sur les péages de la Sull, somme empruntée, selon un récit, pour continuer à payer une paix dont l'auteur ne pouvait plus parler en son nom.
Pourquoi rien ne peut être renouvelé
Le Pacte n'était pas un traité mais un souvenir. Chaque faveur était accordée personnellement, la plupart du temps par une parole prononcée dans la Salle des Sept Foyers ou à la table même du Seigneur Régent, et chacune était entendue comme valable pour la vie d'Ardent, pas un jour de plus. Il refusa, par principe, de désigner un successeur ; ce choix revenait, selon lui, aux sept maisons ou à la Couronne. Ce refus était la clé de voûte du Pacte, et il en est aujourd'hui la tombe. Un nouveau Seigneur Régent, quel qu'il soit, n'hériterait d'aucune de ces intelligences et de tous leurs coûts : 400 pensions, un fleuve hypothéqué, un facteur de la Ligue siégeant dans la salle du conseil, et 7 maisons que l'on a chacune assurées en privé, à un moment ou à un autre de ces 15 années, que leur prétention était comprise. Ces assurances se contredisent. Ardent est le seul homme à avoir jamais su de combien.
Reste Maud Ardent, qui porte le sceau de son frère depuis l'hiver 311 apr. D. et connaît la liste des pensions, les promesses et l'ordre dans lequel elles furent faites mieux que quiconque. Qu'elle parle pour un successeur, qu'elle le serve, ou qu'elle ferme simplement le Douaire et laisse le Pacte être enterré avec son auteur, c'est là, à la date de rédaction, la question que Caldmere pose à voix basse. L'Archive n'a aucune trace de sa réponse. Elle note seulement que les banquiers de Saverra, qui ont acheté presque chaque charge de la ville, n'ont jamais tenté d'acheter la sienne.
Mentionné dans
- Caldmere Lieux
- Edric Ardent Personnages
- Maud Ardent Personnages
- Le Festin des Dettes Impayées Récits
Historique de la page (1 révision)
- Jour 3, 3 Brumelle, 312 apr. D. Rédigé: Première entrée : consigne le fonctionnement du Pacte tranquille, son coût pour le trésor et les raisons pour lesquelles rien d'écrit ne subsiste pour le renouveler. 991 mots