Les Morts du Psautier
Nom donné dans les marches orientales à des rassemblements d'Inquiets près des cours de répétition du Chœur Pâle ; le Chœur y voit une calomnie.
Parmi les registres paroissiaux des marches orientales court une régularité que le Chœur Pâle qualifie de mensonge et que les Gardiens de la Lanterne refusent de nommer. La voici : là où les chantres missionnaires du Chœur ont répété, non pas chanté au service mais répété, dans les cours closes de murs et les champs nus réservés à cet usage, les morts du voisinage se lèvent en plus grand nombre, se lèvent en direction du lieu du chant, et on les retrouve ensuite debout, comme à une répétition qui leur serait propre. Les paroisses des hautes terres les appellent les Morts du Psautier. Ce nom n'est pas employé à Ostrovane, où on le tient pour une insulte à la Plaie comme aux morts.
Le schéma tel que l'archive le consigne
La plus ancienne notice datée de l'archive provient d'un rôle de la cour de la dîme daté de 274 apr. D., dans lequel un bailli des paroisses d'Ostmere demande un secours, car, écrit-il, les morts viennent au champ d'exercice comme à un office, et les vivants ne dorment plus au-dessus des champs. Des notices semblables reviennent au fil des décennies, rarement, jamais deux fois dans la même paroisse à quelques années d'intervalle, mais toujours selon la même figure. Un chœur de mission est cantonné dans une paroisse pour une saison. Les répétitions ont lieu au crépuscule, comme le Chœur le préfère, de sorte que les derniers versets sont chantés au moment où la Plaie s'éclaire pour la première fois. Dans la quinzaine, les lieux de crémation paroissiaux sont troublés. Les relevés n'approchent pas des maisons. Ils se rendent à la cour où l'on chantait, s'y tiennent, et tournent leur visage vers l'endroit où se tenait le chantre.
Que les Inquiets soient attirés par les chants compte parmi les plus anciens faits établis que consigne l'Archive ; la tradition propre à l'Allumeur nomme le chant aux côtés du feu et du souffle vivant. Ce qui occupe les témoins du Siège Pâle n'est pas l'attraction, mais le maintien. Les réveils ordinaires, attirés par un chant, le suivent ou deviennent violents lorsqu'il s'arrête. Les Morts du Psautier, selon tous les récits concordants, ne font ni l'un ni l'autre. Ils demeurent dans la cour vide, immobiles, parfois des nuits entières, jusqu'à ce que des Gardiens arrivent avec des lanternes et des fers chauffés à blanc, ou jusqu'à ce qu'un certain compte intime qui leur est propre les pousse à errer à nouveau.
Apparence et habitudes
Par la chair et par la mise, ce sont les morts ordinaires des hautes paroisses : à la peau grise, tachés de terre, beaucoup vêtus de ces linceuls non teints que la dîme du Chœur fournit aux pauvres. Ce qui les distingue, c'est leur disposition. On les trouve en cercles ou en chœurs grossiers d'une douzaine ou plus, espacés comme le sont les chanteurs, la tête légèrement rejetée en arrière. Aucun témoin n'a juré les avoir entendus chanter. Plusieurs ont juré avoir perçu un son semblable à un souffle pris à l'unisson et jamais expiré. Lorsqu'on les approche avec une lanterne allumée et un registre écrit, comme les Gardiens approchent tous les soulèvements, ils s'écartent lentement, sans la confusion habituelle chez les Inquiets, comme un chœur s'écarte, écrit un gardien, pour laisser passer le précentor.
Nous en avons trouvé onze debout là où l'on avait répété, et pas un seul ne regardait le feu. Ils regardaient le ciel. Je brûle des morts depuis vingt ans et je n'ai jamais été aussi peu disposé à commencer.
La réponse du Chœur
La position du Chœur a été énoncée par trois porte-parole successifs du Septième Cercle et n'a jamais varié : les morts sont attirés par le chant partout dans l'Étendue, les missions du Chœur vont partout dans l'Étendue, et les morts seront donc parfois trouvés là où des missions sont passées. Y voir une régularité, soutient le Cercle, c'est confondre la charité et la cause, et la publier relève de la calomnie envers l'Église et d'un découragement pour les endeuillés. Deux clercs paroissiaux qui avaient recopié des notices de relevés dans leurs registres de dîme furent privés de leur office en 298 apr. D., et la mission de Verane Hollow fut rappelée en 305 apr. D., quelques jours après que la déposition d'un gardien eut été lue devant la cour du comté.
Face à cette position, l'archive doit placer les témoins qui se portent garants de la régularité, certains au prix de leur situation. Le chantre congédié Lysander Fenn, qui quitta le service du Chœur en 303 apr. D., soutient que les répétitions sont délibérément établies dans des paroisses aux anciens cimetières et aux fosses pleines, et qu'on lui a dit à deux reprises de prolonger les exercices du crépuscule jusqu'à ce que la cour soit veillée. Fenn est un homme amer, porteur d'un grief et d'une dette, et l'archive consigne son témoignage sans l'endosser. Les gardiens des maisons-lampes orientales, liés par serment à la neutralité, consignent les soulèvements et se taisent sur leur cause ; mais l'archive note que les contrats des gardiens dans le Siège Pâle ont discrètement doublé de prix depuis le Long Hiver, et que les gardiens les acceptent.
Comment les Gardiens s'en occupent
La pratique diffère de la coutume occidentale. Brûler sur place un chœur de morts rassemblés s'avère inutilement dangereux ; on recourt à la place à l'écartement du cercle, qui déconcerte tant les jeunes gardiens. Un gardien ancien conduit la lanterne et le registre écrit à travers les rangs écartés jusqu'au centre, pose la lanterne à l'endroit où se tenait le chantre, puis se retire. Les morts se referment sur la lanterne et se tiennent face à elle, avec le registre de papier qu'elle contient, dit-on chez les Gardiens ; dans cette posture, on peut les prendre un à un par-derrière et les brûler avec peu de résistance. Les gardiens qui ont pratiqué les deux méthodes disent que c'est plus facile qu'un soulèvement ordinaire, et plus pénible à se rappeler.
Une chose que l'archive ne peut expliquer, et qu'elle consigne faute de pouvoir l'expliquer : dans quatre récits distincts, issus de paroisses à une semaine de chevauchée les unes des autres, les morts rassemblés sont décrits debout, la bouche ouverte, et le sol devant eux est décrit couvert d'une fine poussière grise qui n'était pas là au crépuscule. Le Chœur affirme que cette poussière est la cendre des lieux de crémation. Or les lieux de crémation du Siège Pâle sont tenus à plus d'un mille des cours de répétition.
Mentionné dans
- Les Inquiets Bestiaire
Historique de la page (1 révision)
- Jour 3, 3 Brumelle, 312 apr. D. Rédigé: Nouvelle page de bestiaire consignant le schéma des Morts du Psautier, les dénégations du Chœur, les témoins et la pratique des gardiens orientaux ; un détail reste inexpliqué. 965 mots